Moïse Katumbi, entre justice et présidence de la RDC

Lubumbashi, Katanga
Moïse Katumbi recevant des honneurs militaires, Place de la poste, Lubumbashi (2014).
Ma semaine d’actualité porte sur la candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle attendue en 2016 en RDC, et son accusation de recrutement de mercenaires par le ministre de la justice. Pour le gouvernement, le dernier gouverneur du Katanga devenu opposant à Joseph Kabila cherche à déstabiliser le pays, accusation qu’il rejette et considère comme une manœuvre pour barrer la route à sa candidature.
Moïse Katumbi vient de franchir le rubicond. Dans la cour des grands, désormais, tous les coups sont permis. Kinshasa y va par la justice, même si Katumbi qui vit à Lubumbashi, ne voit pas en quoi cette justice est juste et libre. Samedi, les services de sécurité ont perquisitionné sa ferme, en son absence, annonçait-t-il. Pendant ce temps-là, il signalait l’encerclement de sa résidence sur l’avenue Lofoï, au quartier Golf. Fait que nie Kinshasa qui dénonce un montage personnel de Katumbi.

Qu’arrivera-t-il dans cette bataille ? Personne : ni Katumbi, ni le camp Kabiliste, ni peut-être encore moins la population qui baigne dans une pauvreté que personne n’ignore, … Au moins la formule utilisée dans tous les camps est simple : ça passe ou ça casse. C’est ce qu’on verra à partir de lundi 9 mai, après l’audition de Moïse Katumbi par un magistrat, sur le recrutement des mercenaires.
L’accusation est lourde de conséquences pour le candidat à la présidentielle, s’il est jugé et condamné par la suite. Son rêve et celui de ceux qui espèrent en lui s’arrêterot alors là. Car, et c’est la constitution qui le veut ainsi, le candidat à la présidence de la République doit porter un casier judiciaire clean. Dans ce cas, une simple condamnation le mettra dehors. Trop facile pour Kinshasa, à première vue.
Si Kinshasa écarte Katumbi de la course
Kinshasa avancera alors avec le dialogue, comptant sur l’UDPS et d’autres partis favorables. Mais le retrait de Moïse Katumbi signera l’émergence d’autres candidatures, mais avec de nouveaux enjeux, moins menaçants peut-être pour le pouvoir. En même temps, l’opposition qui rejette le dialogue peut durcir encore son front, et les conclusions du dialogue risquent de rejoindre celles des concertations nationales : lettres mortes.
C’est aussi si l’opposant historique Etienne Tshisekedi, défavorisé par l’âge, aligne quelqu’un d’autre ou accepte de composer avec le pouvoir.
Mais l’inconnu restera la réaction des katumbistes de la rue, ceux qui l’appellent préso, président du TP Mazembe, le célèbre club de football basé à Lubumbashi. Désormais, leur préso est présidentiable, et donc, futur remplaçant de Joseph Kabila. Accepteront-ils de le voir finir en prison ? Nul ne le sait. Néanmoins, on ne peut toucher à leur préso sans penser à eux.
Restrictions des libertés
Au niveau international, on observe, mais aussi, on parle. D’abord, la Monusco continue à rapporter au conseil de sécurité de l’ONU, des inquiétudes pour la restriction de l’espace politique et des libertés. Des arrestations augmentent, la plus récente ayant touché Hubert Tshiswaka, défenseur des Droits humains de Lubumbashi, samedi dernier. La veille, les services de sécurité l’empêchaient d’accéder à l’avenue menant au domicile de Katumbi, encerclé.
Deux jours avant, l’ambassade des Etats-Unis a dénoncé des accusations fausses de mercenariat que Kinshasa impute à Moïse Katumbi. Certaines personnes présentées comme mercenaires sont ses services de sécurité, selon l’ambassade.

Les déclarations du genre risquent de persister si la situation ne se calme. Et du coup, l’opinion interne, nourrie aussi par des réseaux sociaux en contournement du contrôle de l’audiovisuel, peut gagner du terrain.