Le dialogue et une affaire de farine qui emballe les politiques

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Chaque semaine, lisez sur mon blog, en plus de mes publications ordinaires, ma sélection des événements ayant fait la Une de l'actualité de la bouillante République démocratique du Congo.

La semaine dernière a vu s'imposer, naturellement, le dialogue politique voulu « dans les tout prochains jours » par Joseph Kabila, fin novembre 2015, mais qui attend toujours. Il peine, en effet, à trouver d’interlocuteurs. Le processus électoral grippe et, à l’approche de l’expiration du dernier mandat constitutionnel du président Joseph Kabila, l’opposition presse, la communauté internationale aussi. L’ONU appelle au dialogue et au respect du délai constitutionnel des élections, au grand dam de Kinshasa.

L’union africaine qui craint des violences, a nommé un facilitateur du dialogue, le togolais Edem Kodjo. Son défi consiste à convaincre les réfractaires et les sceptiques pour les amener à dialoguer avec le pouvoir. L’UDPS de l’opposant hsitorique Etienne Tshisekedi, par exemple, veut un calendrier clair du facilitateur, les anciens alliés du président Kabila exclus de la majorité (G7) exigent un engagement à ne pas chercher un 3e mandat interdit et ne pas toucher à la loi fondamentale. La Dynamique de l’opposition dit un non catégorique…
Journal Quiproquo, Lubumbashi
Le facilitateur du dialogue politique Edem Kodjo dans le journal Quiproquo de Lubumbashi. Photo M3 Didier
Saura-il vraiment, Edem Kodjo ? Le comité préparatoire qu’il a annoncé « avant la fin de la semaine » dernière n’a pas été mis sur pied comme il l’a promis. Il consulte encore. Pendant ce temps-là, le jugement de l’opposition et des médias est dur. « Kodjo fait fausse route », pense Samy Badibanga qui le soupçonne de vouloir légitimer le président sortant. Forum des As, journal de Kinshasa annonce qu’« il fait désormais presque partie du paysage politique rd congolais. » Quant à l’hebdomadaire Quiproquo de Lubumbashi, Kodjo organise « une messe noire » à laquelle il veut convier « tout le monde » pour le brouhaha et le vote par acclamation.
Une affaire de farine de maïs qui fait la politique politicienne
En principe, le gouvernement aurait mieux fait de chercher la solution plutôt que de s’engager dans une polémique avec un adversaire qu’il n’ose pas nommer. Tout le monde sait qu’il s’agit de Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga.
C'est une histoire de pénurie de farine de maïs qui a secoué Lubumbashi et mobilisé le gouvernement comme cela n’arrive pas souvent. Trois ministres sont arrivés à Lubumbashi, capitale économique de la RDC (vraiment, dans ce cas ?) pour tenter de stopper la crise. Dans une semaine, fin mars, le sac de 25kg vendu à 8,5 USD a triplé avant de se stabiliser autour de 15 dollars. Deux semaines après, l’affolement a repris. Cette fois, le sac a été vendu jusqu’à près de 40 USD dans l’espace de 4 jours. Politiquement, le gouvernement a craint des troubles.
A l’origine de la crise, une (prétendue) décision du gouvernement zambien de ne pas importer le maïs vers le Katanga, selon les autorités de la province du Haut-Katanga. Le consul zambien à Lubumbashi l’a démenti. Les autorités lient cette crise à un passage de Moïse Katumbi en Zambie, peu avant la rupture des exportations. Il est accusé de bloquer le maïs.
Ce qui est étonnant, c’est que cette crise est ressentie chaque année avant les récoltes locales, même durant les années de Moïse Katumbi. Seulement-là, explique un économiste, l’ancien gouverneur allait chercher lui-même le maïs. Ce qui vraisemblablement, n’a pas été fait par les nouvelles autorités. Mais étonnant aussi, c’est de voir repartir de Lubumbashi, les ministres, sans perspectives claires pour la fin de la crise à court terme. Les importations continuent, avec un bonus de suppression des taxes à l’importation du maïs. Cela vaut la peine, en effet, pour conjurer le sort immédiat.

Mais l’agriculture ne peut décoller dans l’ex-Katanga de manière à réduire les importations. C’est un scandale. Les territoires de Kaniama et Kongolo qui produisent beaucoup de maïs, par exemple, ne savent pas souvent les acheminer à Lubumbashi, faute de route.