CHAN 2016: il y avait une guerre dans le RDC–Rwanda au CHAN 2016

J’ai suivi le RDC-Rwanda en terre Rwandaise. Une foule d’images, ai-je enregistré. Mais, une est forte, poussant parfois au risque du pessimisme. Mais non ! Sur Facebook et sur Twitter, les invectives qui ont commencé avant et ont continué après le match de qualification pour la demi-finale, ne sont pas des choses banales qui arrivent dans un match de foot. RDC-Rwanda, j’ai vu un duel revanchard qui a tourné parfois en guerre !
Un match peu fair-play. Un joueur rwandais marche sur le mollet de son adversaire congolais; un autre reste au sol pendant que l’arbitre fait jouer la partie. Pour plusieurs, l’arbitre semble favoriser les joueurs rwandais, organisateurs du Championnat africain des joueurs locaux. Les Rwandais se réarment moralement après le but égalisateur, mais toutes les deux équipes sont tendues et jouent sous une charge émotionnelle importante : celle des conflits politiques et militaires qui opposent les deux pays.
Au delà du football, la politique et l’armée
Inacceptable pour les rwandais d’être battus par des congolais. Lors de la CAN 2004, alors que la RDC et le Rwanda étaient en conflits intenses au sujet du soutien aux groupes armés, le président Kagame aurait «  juré que toutes les équipes pouvaient battre la sienne, sauf celle de RDC », se rappelle habitant de Lubumbashi. En RDC, en revanche, peu de personnes reconnaissent la force du Rwanda, fût-il dans le football. Battre le Rwanda, pour plusieurs congolais, c’est prouver que le Congo reste un géant, dans tous les sens du terme. Les rwandais, quant à eux, devaient prouver qu’ils ne sont pas que forts militairement.
Le 30 janvier 2016 à Kigali, un seul devait cependant gagner. Mais personne ne devait perdre ! Sur la pelouse du stade de Amahoro, il y avait un peu de tout cela dans les esprits des joueurs des deux équipes. Des kalachnikovs, il y en avait dans les tacles, les coups de pieds parfois violents et volontaires, des bousculades inamicales. Mais en tout cela, il y a avant tout, la politique et les politiciens. Ils n’ont pas assez agi pour rétablir la paix entre ces deux pays voisins et qui, en plus, partagent une longue histoire de fraternité. Presqu’en vin,les efforts de la jeunesse des grands lacs de sortir des clichés formés par plus de 20 ans de méfiance et de provocation.
A quand la fin des rivalités entre Congolais et Rwandais
RDC-Rwanda, au CHAN, la RDC a pourtant gagné. « Ce n’était que le sport », nous accordons-nous de dire. Mais ce ne sont là que des mots. Ce que se sont dit les congolais anti-Kagame sur les réseaux sociaux, surtout après le but égalisateur et des erreurs d’arbitrage fort critiqué du derby RDC-Rwanda, témoigne de la divagation de la haine entre les deux pays. Oui, le mot peut-être prononcé ! Je me suis dit alors : il reste encore beaucoup à faire pour que la paix revienne dans les grands Lacs. Les armes se tairont peut-être demain, mais si déjà même le foot ne peut offrir une trêve de guerre, faire rêver des peuples, alors demain devrait être pareil à hier et aujourd’hui.
Pourtant, un fait pas hasardeux devrait appeler rwandais et congolais à réfléchir sur leurs relations. Cela fait deux fois que ce qui arrive « pour la première fois » au Rwanda, se passe avec la RDC, deux pays voisins, partageant une histoire coloniale commune en plus. Tenez : le premier RDC-Rwanda arrive en 2004. Pour la première fois, le Rwanda participe à une CAN et bat la RDC par un but à zéro. Au CHAN 2016, le Rwanda arrive pour la première fois en quart de finale de son histoire. Et, c’est encore la RDC qu’il croise. Comme si le destin voulait bien que nous apaisions nos rancœurs pour penser à revivre ensemble, un peu comme avant la guerre.