RDC: l'enseignement, la salle d'attente?

« Il n’y a pas que les études pour réussir dans la vie ». Que diriez-vous si vous appreniez que ceci vient d’un président de la République ? Oncle Mobutu, encore lui ! Mais enfin, un peu de repos pour sa mémoire en ce 30 avril, journée nationale (RDC) de l’enseignement. Ainsi disait-il justifiant sa décision de fermer le campus de Lubumbashi devenu pour lui un milieu contestataire. Depuis, l’enseignement agonise, en dépit des efforts déployés ces dernières années.
Des élèves de Lubumbashi à la rentrée des classes 2013. Ph. M3 Didier
Salle d’attente
Salle d’attente, roue de réserve, et quoi encore… l’enseignement en RDC ne tarit pas de sobriquets. Il ne fait pas non plus rire. Sul les quelques cinq cent mille enseignants du pays, à peine deux cent mille ont « un salaire de misère », les autres se rabattent sur les parents d’élèves qu’ils arrivent parfois à maltraiter. Enfin, il faut  que quelque part une école fonctionne. « Leurs enfants étudient en Europe. Si on laisse tomber, ils viendront nous dominer » explique un parent. Fabriquons alors des écoles selon nos goûts !

Voilà un des métiers mal aimés, même des enseignants eux-mêmes. Très peu conseillent à leurs proches de devenir enseignants … pourtant, les écoles n’arrêtent de croître, ses animateurs aussi. Vous ne trouvez pas de job ? Mais allez enseigner, « en attendant » ! Ne parlez pas d’amour. Le temps change tout. Même les bonnes consciences parfois. Il sort tous les matins comme tout le monde. Et comme jamais tout le monde, l’enseignant retourne chez lui, le soir venu, les mains couvertes de poussière de craie, pantalon et chemise salis, ventre creux et parfois sans électricité pour préparer ses leçons. On se moque aussi de la chaussure de l’enseignant, déformée et usée jusqu’à la base de la semelle.
« Nakokoka te pasi ya boye », pareille souffrance, je ne saurai la supporter. Mais où aller ? Le provisoire devient définitif, hélas ! Et la salle d’attente devient la destination finale. Tentons alors quelques combines. Pourquoi pas ? L’enseignant ne peut-il pas ramener « quelque chose » le soir venu à la maison à l’instar des contrôleurs de l’Etat ?  On peut aussi combiner, prester dans deux ou trois écoles. Mais « deux fois professeur de français », de math  ou autre, et la qualité ? D’ailleurs on n’échoue plus, en tout cas élèves et parents d’élèves ont décidé que cela n’arrive plus. Si une école s’entête, on la quitte vers d’autres prêtes à accueillir sans conditions. Qui accepterait de perdre un seul de ses élèves ? On préfère la quantité à la qualité. Sauf quelques rares écoles à des facturations prohibitives. Alors ils prennent tout en charge, les parents.
Rapacité ? « Non. » Qui travaille à l’hôtel mange à l’hôtel. Où voulez-vous que l’enseignant mange ? A l’école non ! Mais il n’y a pas de cantine à l’école, en RDC. Qu’importe ! Les élèves ont des parents soucieux de la bonne formation de leurs enfants. « Nous allons étudier le poisson chinchard demain. Chacun en apporte deux bien gros chinchards. Vous n’en avez pas, restez à la maison », ordonne un enseignant.
Pareil ordre n’échoue pas en élémentaire, à l’école primaire. Les gamins pèsent sur leurs parents qui ont beau cogiter sur la vraie utilisation de ces étonnants matériels didactiques. « Le maitre a dit : sans chinchard je reste ici. » Le lendemain, la classe est triplée de sa population : chaque élève est doublé de ses cousins aquatiques. L’enseignant les recueille dans un bac à glaçon. Sa leçon est abrégée puis. Elle peut ouvrir une activité dans le quartier ou alimenter son congélateur. L’affaire a même été portée à l’assemblée provinciale du Katanga à Lubumbashi, il y a plusieurs mois. Un député rapportait même que les pommes, les bananes, les œufs sont apportés régulièrement exigées en nombre parfois étonnant pour les étudier, mais « jamais ils ne retournent ni ne sont consommés entièrement par les élèves ». Mais voyons, pourquoi les mangeraient-ils  seuls à l’école, tous ces poissons-là ? Ils sont toujours gentils envers leurs maîtres, les élèves. Ils ne sont pas comme ces députés. Un d’entre eux (députés) proposait à Lubumbashi de réduire leurs salaires de de quelques centaines de dollars pour ajouter à celui des enseignants qui n’en n’arrivent pas à 200 dollars en majorité. Il essuya des critiques (même des insultes ?) pour avoir osé dire pareille chose au cours d’une plénière retransmise en directe, lui le « naturalisé » congolais !
Durant les jours ouvrables, certains enseignants n’ont pas de temps. Ils ne le trouvent qu’en détente ou le weekend. Ils s’en réjouissent et exigent « le transport de monsieur » sans quoi, dehors » ! On assure le déplacement de l’enseignant qui parfois va jusqu’à 1 dollar l’élève.
Non, je ne suis pas réprobateur. Que l’enseignant soit ce misérable parent que l’on tue et qui détruit l’enseignement. Certains ne savent même pas payer leurs loyers. Plusieurs travaillent au noir et ignorent si un jour ils seront payés. Des écoles non déclarées, sans sécurité sociale, parfois sans bâtiments… pourtant, toutes sont appelées « former l’élite de demain. » De quel profil ? « Le disciple n’est pas plus grand que son maître. » Enseignant pauvre, élève pauvre !