Un si minable lieu de l'assassinat de Lumumba

Cinquante quatre ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le secret persiste. Très peu de choses sont connues à ce jour et de manière peu claire. Mais dans ce flou, un témoin a survécu, mais malheureusement muet et lui aussi, en voie d’extinction inexorable. Oh, que des lenteurs en tout !
Patrice Lumumba arrêté.
Je vous conduits donc à travers cette vidéo, sur le lieu où Lumumba fut assassiné dans la nuit du 17 janvier 1951 à 21 heures, heure de Lubumbashi.
Le village Tshisukwe, à 50 km au nord-ouest de Lubumbashi, non loin du village Silansimba, est cette contrée à qui appartient ce malchanceux lieu choisi par les bourreaux d’un des leaders de l’indépendance de  la RDC, pour garder les confidences de cet assassinat. Il n’est pas du tout le vrai ou le véritable, car il a dû immigrer après cet événement, le chef du village "première version", ayant été séquestré, puis relâché pour avoir « vu » ce qui pourtant était destiné à ne lavoir jamais été.
Le lieu de l’assassinat
La fosse où Lumumba et ses compagnons furent enterrés avant d'être découpés
C’est un espace perdu dans la savane mi-herbeuse mi-boisée. Quelques briques rangées en quadrilatère au-dessus desquelles d’autres se dressent en croix, servent de tombe de Lumumba. Enfin, c’en est une car c’est là, dans cette fosse creusée avant et où « attendait un colon belge, consul de Belgique à Lubumbashi », « le colis », pour se rassurer qu’il allait être correctement liquidé. Vous le découvrez dans la vidéo. C’est là que Lumumba et ses compagnons Mpolo et Okito furent jetés, pieds dehors ou exorbitants, sans doute signe d’une précipitation des bourreaux à abandonner ce lieu macabre en plein milieu de la nuit. Il était environ 21 heures, lorsqu’ils arrivaient !
« Mon père dit, ça c’est un problème ! »
Lwimba Tshikuswe, chef du village Tshisukwe, à l’époque prince de Tshisukwe, rentrait de la chasse avec son père. Des phares d’automobiles les stoppaient en pleine brousse. « Nous nous sommes
cachés sur une termitière placée juste à côté », son père ayant éteint sa lampe de chasse, explique-t-il. Cela leur permit de bien suivre, grâce aux phares des véhicules, la boucherie. Il s’en souvient encore, malgré le temps qui a passé.

Le reste de l'arbre où Lumumba fu attaché, fusillé. Photo M3 Didier
Lumumba avait été attaché à un arbre dont seule la souche visible sur la photo ci-contre, a survécu 54 ns après. Entre temps, un autre a poussé. C’est là qu’il fut fusillé et chacun de ses compagnons. Ils ne firent pas de bruit. Les bouchers repartis, Lwimba et son père vinrent voir. Ils ne virent que « les pieds chaussé » qui sortaient de la fosse. "Mon père dit, ça c'est un problème, parons vit", se rappelle encore Lwimba. Il était là, il le demeure: l'assassinat de Lumumba n'en finit pas de gêner. Il le restera tant que la vérité toute entière n'aura pas été dite.
On charcute Lumumba et ses compagnons
La suite des événements c’est que, les bourreaux ayant finalement appris que tout cela ne resterait pas secret, lorsque le père de Lwmba se rendit dénoncer cet assassinat nocturne. Belges et congolais bien entendu, ayant jeté au cachot le dénonciateur, ils envoyèrent sur le lieu du crime, charcuter les corps et les dissoudre dans un fut d’acide sulfurique.
Des jeuens luhsois en pèlerinage le 17 janvier 2015. Photo M3 Didier
C’est probablement à l’occasion qu’un belge aurait gardé une dent de Lumumba, aujourd’hui en captivité auprès d’un belge encore en  vie.
Un lieu de pèlerinage délaissé
La souche de l’arbre auquel fut attaché Lumumba n’a pas du tout survécu. Elle disparait cette fois rapidement, attaquée par la mite. Sans doute, le prochain 17 janvier, ce ne sera que de la terre, à part un jeune arbre qui renaît de la souche. Au moins lui, parlera encore de Lumumba aux générations qui n’auront pas eu ma chance de voir cet arbre qui rejoint la terre, cet arbre qui a tout vu, tout entendu. Si au moins lui, il pouvait parler, j’aurais écrit un livre original, un poème éternel !

Aucune amélioration de ce lieu de pèlerinage,54 ans après. Photo M3 Didier
Quant au lieu lui-même, il n’a rien de grand et de la hauteur de Lumumba. Pas une banquette, pas un hangar sous lequel se poser pour se recueillir, pas non plus un signe qui s’accorde aux discours parfois grandiloquents des politiques mais qui finalement, au bout de cette visite, me paraissent de la farce, du mensonge. Un monument, grandeur nature, faire de ce haut lieu de la mémoire collective et de conscience nationale un lieu de pèlerinage, cela vaudrait mieux que mile discours, des larmes sur Lumumba. Un monument en ce lieu, sera un hommage dix fois plus parlant que les défilés et prières aux 17 janviers.