Il leur arrive de
mentir, les dieux. Surtout dans les rêves. Les jeunes en savent long, lorsqu’il
s’agit de l’immigration. Les échos des déceptions de plusieurs ont inspiré un
jeune réalisateur de Lubumbashi, Fils Ngeleka. Dans son court métrage « Les dieux de la chance ont
menti », il parle de l’histoire des jeunes filles qui fuient leurs
familles dans l’espoir de devenir des mannequins en Afrique du sud, principal
pays d’immigration des Lushois depuis quelques années. Les échos de ce pays
font rêver plusieurs. Malheureusement pour ces filles, ce pays sera le
cimetière de leurs rêves. Comment refuser de se prostituer comme le-leur demande
leur patronne implacable, et surtout comment revenir à la maison ?
[1]Le film
![]() |
Beaucoup de jeunes rêvent d'aller ailleurs... Capture d'écran, Fils Ngeleka |
Le
film « Les dieux de la chance ont
menti » sonne comme une critique à l’idée de "suivre son destin",
sa chance en fermant les yeux et la voie de la raison. Fils Ngeleka, licencié
en Communication, option Arts du spectacle de l’Université de Lubumbashi mélange
inspiration, histoires vraies et fictives sur l’immigration vers « le Sud »,
comme on le dit à Lubumbashi, l’Afrique du Sud. On y va même par route !
4
filles abandonnent leurs familles, elles fuient sans laisser aucune information
sur leur destination. Elles ont trouvé l’occasion tant attendue : aller
travailler comme mannequins dans des entreprises de mode. « Je veux que vous ne baissiez pas les bras. Tenez la forme et
croyez en l’avenir », conseille une d’entre elles celles qui ne
peuvent aller à l’instant. Une fois à Cap Town, un coup de fil.
« Hier soir quand
on quittait l’aéroport pour l’hôtel, je ne croyais pas mes yeux en voyant ce
décor sud-africain au tour de moi. Je revois encore ces images autour de moi,
elles sont fraiches à l’esprit, tellement qu’elles sont belles à voir ».
Ce
sera malheureusement les derniers, si non les seuls meilleurs souvenirs à
garder pour la vie de ces filles « au Sud ». Puisque quelques minutes
après, la Reine, la reine-mère, leur patronne annonce :
« Franck trafique
pour moi. C’est donc de moi que vous répondez désormais… toutes nos filles ne
vont pas racoler comme toutes ces salopes obligées de faire le pavé. Vous, vous
recevez ici vos clients. Vous allez vous prostituer ici… (Les
filles rouspètent) pour m’aider chacune à
retrouver 10.000 dollars. »
Une
véritable industrie où l’homme est exploité par l’homme. Quoi ? Mais ce
n’est pas nouveau ! Désormais, elles ne peuvent sortir ni téléphoner que
sur
autorisation de la marraine, la reine mère. Après mille souffrances et
divisions, elles réussiront à s’échapper de ce ghetto. Là commence une autre
histoire.
Sortons du film
« Dans l’espoir
que quelque chose changerait, on s’impose le sacrifice de l’éloignement,
parfois tous les prix, on se risque à tous les périls et dangers, à la quête
d’une terre où tout nous semble possible… ainsi on s’enchaîne facilement. »
![]() |
Beaucoup de rêves s'écrasent au contact avec la réalité. Capture d'écran, Fils N. |
S’enchainer,
c’est peut-être le piège dans lequel plusieurs tombent. Cette chanson qui
accompagne ce film est tout autant que le film, fixée dans le contexte
congolais, lushois. Il y a une semaine, Papy revient de l’Angola après un bref
séjour. Avant d’immigrer, il a tout vendu, alors tout. On dirait, quelqu’un qui
change de vie ou d’identité, assuré du succès où il se rendait. Sa galère a été
longue et dure durant le peu de temps qu’il a passé dans ce pays à économie
impressionnante.
Ceux
qui devaient l’aider, l’accompagner comme prévu ne l’ont pas fait. Parce qu’il
fallait tenir dans l’espoir que ça marcherait, il devait se débrouiller. Entre
temps, ses économies s’usaient. Dépouillé, déçu surtout, Papy a décidé de
revenir au bercail. C’est en quasiment une épave qu’il nous est revenu.
Heureusement pour lui, en vie ! Il peut reprendre. Mais presqu’à zéro.
La mort des rêves
Beaucoup de rêvent s'écrasent dans l'océan tumultueux des quotidiens des sociétés. On l'on croit aller trouver le bonheur, parfois là il est basent. Antoine de Saint Saint-Exupéry le disait déjà sous une autre forme dans "Le petit prince...": "L'essentiel est invisible à l’œil...". La précarité de la vie au Congo pousse plusieurs jeunes à prendre le chemin de l'exil, contre vents et marrées, se foutant carrément de tout ce qui ne pourrait pas aller un jour sur la terre de l’immigration. Ceux là, ils ont pris leur décision. Mais il y a d'autres qui embarquent dans un train d'incertitude parce que dupés ou simplement naïfs, se livrant aux rêves, à la chance... il y a péril en la demeure!
Finalement
ce que dit le film « Les dieux de la
chance ont menti » c’est que la chance ou le hasard restent des
facteurs à minimiser dans la vie. L’essentiel étant de travailler dur pour
mériter son succès. Ceci veut dire préparer l’avenir. L’idée que le bonheur est
ailleurs a induit plusieurs personnes en erreur. Ceci ne veut pas dire que la
chance n’existe pas ni moins encore que lorsqu’on se prépare à immigrer, cela
réussit toujours ou que ça échoue pour ceux qui ne le font pas. Mais de plus en
plus de gens conseillent de préparer son immigration en bonne et due forme et
surtout réfléchir sur ses raisons.
[1] Ce film
a été produit dans le cadre du cours d’Initiation au cinéma en deuxième graduat
en Sciences de l’Information et de la communication, Université de Lubumbashi.
il est entré en compétition au Cinétoiles, un cinéma local (Lubumbashi)
réunissant les jeunes réalisateurs.
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