« NTETA » : UN NOUVEAU CODE DE LA ROUTE A LUBUMBASHI

Un policier avec son NTETA sur une route. Photo L2 SIC, UNILU
Depuis un temps, il se vit à Lubumbashi, dans le domaine de la circulation routière, un phénomène tout particulier : « Nteta », un morceau de fer, dentelé de plusieurs pièces de ferons que l’on jette en dessous des pneus du véhicule de tout conduc­teur jugé récalcitrant par la police de circulation routière. L’objectif étant ici de l’astreindre à s’arrêter. Ce morceau de fer dentelé, troue les pneus et immobilise le véhicule.
« Nteta », en Swahili, provient de deux réalités différentes : «Tetete » et « Nteta ». Le premier renvoie à la traditionnelle chanson répétant en boucle les trois syllabes quand un enfant apprend à se tenir debout, s’immobiliser… et donc, ne sait pas encore marcher. Si cette appréhension s’apparente à peine à la nouvelle réalité exprimée par le «NTETA» innovée par la police de circulation routière, le deuxième terme est plus proche de son interprétation. Il s’agit du « Nteta » qui identifie le mauvais sort ou piège qu’on jette à une personne. Cette pratique est devenue très courante dans les zones rurales. En effet, en référence au fait que les personnes frappées de cette maladie (généralement à la jambe) ont du mal à marcher, les objets multiformes en vogue aujourd’hui sur nos artères empêchent aux véhicules qu’ils piègent de rouler, en trouant les pneus de façon irréparable.
A plusieurs endroits, les agents PCR (Police de circulation routière) sont munis de ces instruments en fer assortis de pics pointus, qu’ils placent devant les pneus des taxis et des taxis-bus, pour contrer les chauffeurs qui es­saient d’échapper au contrôle ou simplement au fameux «rapport», une contrepartie de l’œil fermé du policier sur le non respect de certain principes de la circulation (une corruption à peine voilée !) exigé.
Code de la route bafoué
« Ce que font ces policiers n’est pas légal, nulle part au monde, on ne prend une telle mesure prétendument pour contraindre les récalcitrants », a lancé EBONDO Jacques en colère, chauffeur de taxi-bus. Et, de poursuivre : « Nous savons très bien ce qu’ils cher­chent et ce n’est un secret pour personne, ils font ça en plein jour. Nos auto­rités politico-administratives et les députés provinciaux ne voient-ils pas cela? ».
Une voiture victime de «Nteta» (photo M. Inchi)
Il est vrai que la stratégie optée par la PCR ne relève nullement du code de la route congolais. Celui-ci prévoit plutôt une amende transactionnelle en cas de violation. « Tout conducteur d’un véhicule qui aura refusé d’obtempérer à une sommation émanant d’un officier de police judiciaire ou d’un agent chargé de réguler la circulation ou de constater les infractions et muni des insignes extérieurs et apparents de sa qualité, ou qui aura refusé de se soumettre à toutes vérifications prescrites concernant le véhicule ou la personne, sera punie d’une amende de 10Z à 50Z », article 127, code de la route. L’usage de cet instrument pointu n’est pas reconnu. En outre, l’immobilisation du véhicule n’a pas pour objet la destruction de celui-ci, quel que soit le motif d’infraction poursuit l’esprit de l’article 136 du même code. Cette pratique bénéficie d’une « bénédiction inédite » des autorités compétentes. Cela fait plus de deux ans que le phénomène est visible sur les routes de la capitale cuprifère et depuis, en vaine est restée l’attente d’une réaction des dirigeants.
C’est la déception pour plusieurs, comme ici Papy KAPEND, un autre chauffeur qui dit : « Nous sommes fatigués d’en parler chaque jour, sans qu’une solution ne soit trouvée … je suis victime de cette fâcheuse pratique sur le tron­çon ville-Kassapa. Et, la deuxième fois, mon patron a saisi le responsable de la PCR, mais je n’ai pas su où ils en sont arrivés ».
Malheur pour les propriétaires des véhicules
 Décrié, détesté voire hué, le « Nteta » est toujours présent et à l’œuvre! Il contribue désormais au chantage. Les policiers réclament alors du chauffeur les documents de bord au complet, parfois en inventent d’autres. Celui qui n’en a pas est amené de force au poste de police, à défaut d’un « rapport » consistant dont le montant peut facilement aller au-delà de 50.000 F.C. Au bureau, d’autres frais s’instituent : les frais d’amende qui peuvent valoir 150.000 FC, les frais de fourrière dont le minimum revient à 10.000 FC le jour, sans compter les 10.000 FC à verser au policier œuvrant à la barrière de la fourrière. La mise en fourrière est devenue à ce jour une opération musclée. Pourtant, la loi en cette matière dit «Lorsque le propriétaire du véhicule frappé d’une mesure de mise en fourrière est domicilié ou réside dans le ressort de l’officier de police judiciaire qui a pris la mesure, celui-ci peut décider que le véhicule soit gardé par le propriétaire. La carte rose est alors retirée et reçoit la destination prévue ». 
Le bureau de la PCR/Katanga s’est déclaré indisponible pour donner un peu de lumière à ce sujet en dépit des multiples tentatives.
Par ailleurs, certains chauffeurs apprécient le phénomène car disent-ils, il met hors-piste les véhicules non en règle avec les documents exigés. Ce qui selon eux, réduit les encombrements à la base de plusieurs accidents de route. Mais la pratique elle, reste contestée et illégale. 
Article rédigé par : 
TWITE MUSHETO Michel, SEPE KENANI Marthin, 
MAKONGA NZADI Ignace, ILUNGA KANDOLA Etienne,
KASONGO WA KALONDA Laurette, MUKUNGU KANAM Ritha.

Etudiants en Deuxième Journalism, SIC, UNILU, 2014.