LUBUMBASHI : VERS UNE GOMATISATION DE LA VILLE

L’attaque du 30 décembre 2013 dernier, comme bien d’autres, a laissé des stigmates dans la ville de Lubumbashi. 2013 aura été l’année terrorisante de la ville, depuis le passage des troupes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) en mai 1997, tombeurs du régime du maréchal Mobutu. 4 attaques au total, une forte charge à porter pour une ville qui grouille de monde en se paupérisant. A voir le  cours des événements, il y a à craindre la « Gomatisation » de Lubumbashi.
Les affrontements du 30 décembre entre les forces armées et les fidèles du pasteur Mukukubila ont démontré à quel point, Lubumbashi (comme d’ailleurs Kinshasa) reste une ville fragile, malgré l’importante force armée dont elle dispose : la 6e région militaire avec 4 camps militaires, 3 camps de la police, sans oublier les services de renseignement et les camps qui peuvent à tout moment venir en renfort de Kamina, Kolwezi, Likasi, etc.
Le mythe d’une invincibilité des rebelles
En février, en mai et en décembre 2013, la population en a vu de toutes les couleurs. Et comme à l’accoutumée, psychose, rumeurs et terreurs ont balloté les pauvres lushois devant l’incapacité des services de sécurité et de l’Etat de donner l’information précise. L’info guérit, faut-il rappeler. Surtout en pareille situation. L’avant-dernier événement, le plus spectaculaire des tous, a eu la particulière impertinence de démontrer un dysfonctionnement criant des services renseignement,
si non une complicité à des niveaux assez élevés. Les « bakata  Katanga » (les réfractaires à l’unité du pays avec le Katanga) étaient arrivés en pleine journée, à pied, parcourant la ville de l’est jusqu’au centre, soit environ 7 km. Badauds et curieux les avaient alors accompagnés jusqu’au QG de la Monusco où, – après avoir tenté de hisser le drapeau du Katanga place de la poste et essuyé les tirs à armes lourdes et légères, sans paniquer –, ont effectué leur reddition. On a ainsi conforté le mythe qu’ils sont invincibles, et que les quelques victimes enregistrés, avaient transgressé des interdits.
La scène qui s’était déroulée en plein début de midi, n’a jamais quitté l’esprit de plusieurs personnes qui ont su l’amplifier, le déformer même, au point que le nom « bakata Katanga » fait peur ; surtout à l’idée qu’ils avancent sans craindre les feux de l’armée. S’ils annoncent leur arrivée, comme ils l’ont fait parfois en jetant des tracts, c’est la débandade.
Vers une Gomatisation de Lubumbashi ?
Progressivement, Lubumbashi se « gomatise », se rapproche du statut de Goma, ville à rebellions sempiternelles. Aussi riche que Goma, en ressources minières et plaque-tournante des affaires économiques entre le Congo profond ou central avec les Afriques australe et orientales, Lubumbashi a la réputation d’être le centre du pouvoir politique congolais depuis 1997. Qui tient la ville, tient les affaires ! peut-on dire de manière péremptoire.
Et comme telle, cette ville est dans l’œil du cyclone. Ils sont nombreux, les groupes armés sécessionnistes katangais qui voudraient voir tomber Lubumbashi ou du moins, en avoir le contrôle. Bakata Katanga, ce nom générique qui finalement semble ne pas dire grand-chose, cache bien cette réalité, comme l’a bien su le faire l’autre générique : may-may. Il y a la  CORAK, le CPRK et bien d’autres qui portent ce nom et qui, les uns comme les autres, nourrissent les mêmes ambitions, sans se soucier de se joindre à d’autres.
Le comble du désordre : luttes à l’interne

Le prochain scénario à craindre, et les signes sont déjà perceptibles dans les rapports des forces entre leaders politiques de diverses "tribus" du Katanga, c’est de voir ces groupes se battre pour le contrôle de la ville. Ce qui est vrai reste que, évoluant en solitaires, ces groupes sont incapables de présenter un vrai cahier de charge de leurs revendications et de présenter des vrais acteurs, courageux, capables de discuter avec les institutions légalement établies. Du coup, Kinshasa peut  les négliger en  même temps que cela lui reste collé comme une épine dans le pied. Puisque le reste du pays risque de s’inspirer de ce qui s’apparente à de "l’impunité" pour faire scission. Jusqu’à ce jour, ces groupes demeurent clandestins, leurs chefs traqués ; même s’ils réussissent à faire entendre leurs désordres et à « internationalise » le conflit. Conflit, oui, car c’en est un : le conflit katangais, sécessionniste ou d’autodétermination.