« NURU » AVEUGLES DE LUBUMBASHI : Une école où les aveugles voient

Ils lisent, écrivent, mais ne voient pas. Elle ne voit pas, mais enseigne. Ils apprennent à voir, avec leur cœur, leur tête et leurs membres. Ils ont juste besoin d’être respectés et aimés, comme l’ont bien compris les sœurs de la Charité. La rentrée scolaire a eu lieu ce lundi 9 septembre 2013 à l’Institut Nuru pour aveugles. Conjoncture difficile, plusieurs n’ont pas répondu présents au rendez-vous de ce matin.
Une rentrée timide. Sur environ 70 élèves attendus, seule une dizaine était présente à l’école. Pour la sœur  Marie BANZA, religieuse des Sœurs de la Charité de Marie et de Jésus, préfet de cette école, ce retard est dû au fait que certains parents n’ont pas suffisamment de moyens  pour amener à temps leurs enfants. Elle note aussi que certaines familles privilégient les enfants  à vue normale au détriment des aveugles et malvoyants. Pourtant, tous peuvent bien apprendre. Et les résultats sont parfois démystifiants.
Les cours ont normalement démarré dans les classes, comme en première année, par exemple, où Marie Kapamba, enseignante au service des aveugles depuis 1971, inculque les rudiments du français, en alphabet en Bray, à sa nouvelle recrue. C’est sa spécialité : encadrer et former les nouvelles recrues. Son savoir, elle l’a acquis en Belgique. Elle est la pionnière de cette école encore en vie, de cette principale, si non l’unique, du Katanga.

Nuru (Lumière, en Kiswahili) s’organise avec des moyens du bord, pour que luise sur les  aveugles et malvoyants, la lumière de la vie. Chaque enfant est un cas à part. Il est personnellement suivi. « Le suivi s’effectue à trois niveaux : nous nous intéressons à l’histoire  du handicap de chaque enfant, évaluer son degré en vue de lui trouver des solutions appropriées ; puis, nous nous intéressons à sa famille, son milieu de vie habituel. Car, là  aussi  il faut  sensibiliser  les proches pour l’aider à réussir. Il y a  parfois trop d’injustices, de cas de marginalisation. Enfin, on s’intéresse aux amis de l’élève, ceux avec qui il  joue », explique Jean KABWIKA, Assistant social de l’Institut Nuru.
Les anciens élèves sont déjà moralement debout. En deuxième année secondaire, AMISI Mwana, 13 ans environ, est convaincu qu’il est capable de beaucoup de choses : il compte être un magistrat militaire, un jour. « Dans la vie d’aujourd’hui, a-t-il dit, il faut étudier. Si vous n’étudiez pas, on ne vous accorde pas beaucoup d’importance. » Cette conviction réelle,  convient-il de le souligner, naît des preuves qu’ont  fait certaines figures, parmi les aveugles qui ont fini leurs  études universitaires, comme Fridolin NGOY WA NGOY, en journalisme, Sciences de l’Information et de la Communication, à l’Université de Lubumbashi, il y a juste  quelques mois.
Depuis 1971, Nuru a prouvé que, même sans vue, la lumière peut prendre.