L’École du Katanga

Suite de la publication des textes des exposés du 19 avril 2013 sur la musique congolaise. ici, retrouvez ce que l'auteur appelle "Ecole du Katanga", un genre et un mouvement plein de vie et de beauté.

Comme Kinshasa, le Katanga connaît sa fondation en 1910 une cohabitation de divers peuples. Son côté cosmopolite, il tient depuis sa fondation. On se souviendra qu’aux temps du roi Msiri, le Katanga, bien loin avant sa création, était sur l’itinéraire des caravanes. Cette position l’ouvrait déjà aux influences du monde. Qui ignore que la mosaïque des peuples qu’abritait Bunkeya, la capitale du royaume de Msiri, lui valut le surnom de « Londres nègre ».

Jean-Bosco Mwenda Wa Bayeke, une icone de la musique katangaise

Cette ouverture a enduit la vie du katangais d’une salve d’influences épanouissantes. Ces influences, la musique Katangaise va en jouir à son tour. Pour s’inventer, une identité, elle a dû s’inspirer autant des folklores d’Afrique que des musiques occidentales. La musique katangaise moderne fait ses débuts au cœur des années quarante avec l’usage conjugué des instruments occidentaux et africains. Ses pionniers sont les chansonniers solitaires. L’esthétique musicale de ses débuts repose sur un jeu de guitare monocorde, une voix esseulée et une teinte de percussions. L’orchestration est on ne peut moins pauvre. La génération des précurseurs est celle de Léon BUKASA, Losta ABELO, KABONGO Pierre et surtout Édouard MASENGO et Jean-Bosco MWANDA WA BAYEKE. Une troupe d’ « artistes autodidactes » qui va aiguiser la flamme musicale de l’école du Katanga et lui donner ses lettres de noblesse.
Les balbutiements du début, ces artistes vont les retourner en force, en énergie, en motivation pour faire exister une musique endiablée, mélancolique et richement katangaise.
La musique katangaise est chantée en Kiswahili. Ses chansons dépeignent la vie urbaine, incarnent le reflet de la société katangaise, fait l’éloge des qualités morales et humaines de la femme mariée donnée comme modèle de la vie et traduisent les préoccupations de leurs auteurs. Les chansons de Mwenda et de Masengo par exemple, sont des mines d’informations sur la vie de leurs temps. Ces chanteurs solitaires tombent en déroute avec la création des orchestres surtout à Léopoldville. Avec la naissance des orchestres African jazz en 53, OK Jazz en 56, Roc-Mambo en 57, les chansonniers prennent de l’ombre. Le succès des orchestres à Kinshasa est tel que le katangais oublie ses chansonniers et même ses orchestres.
C’est l’heure de l’exode pour nombre d’entre eux. Il s’organise des prix de la chanson, des festivals, la musique paye mieux à Kinshasa. Lubumbashi s’évident de ses talents qui s’n vont gonfler les rangs des orchestres kinois. La musique katangaise s’estompe. Les sans pouvoir rétablir avec la musique kinoise.
Qui a encore à cœur les chansonniers au Katanga ont inspiré de grands noms de la musique du monde et chanté avec eux ?
Qui se rappelle encore qu’en 56, l’orchestre Jécoké remportait la palme d’un grand concours de musique organisé par les autorités coloniales à Kinshasa. Concours auquel des grands noms de la chanson kinoise comme Wendo, Kallé Jeff ou Franco.
Wendo Kolosoy, le père de la chanson congolaise
Depuis quelques années, la musique du cuivre s’est presque tue et la mémoire de ses artistes engloutie dans un oubli écœurant, on ne sait pourquoi.
Ces chansonniers n’ont pas connu la longévité de Wendo ou celle de Simaro. Ils sont partis vite peut-être pour apporter à la chorale du ciel les voix qui lui manquaient pour les louanges éternelles. Mais à leur suite, ils ont laissé un répertoire de haute facture artistique mais surtout une esthétique brillant de profondeur, de justesse, de charme que notre terre a tort de ne pas perpétuer. Pourquoi nos jeunes artistes vont-ils chercher si loin ? Pourquoi se creusent-ils la tête, aller jusqu’à flirter avec la musique zambienne par exemple, la pasticher voire la singer pour se faire une place au soleil alors que les Masengo et Mwenda ont jeté les bases d’une musique qui a du succès dans la peau.
Une musique qui n’as pas fini de plaire mais dont on sèvre comme du lait maternel. Une musique dont on garde encore un goût d’inachevé. Qu’il plaise à Dieu que son flambeau reprenne à brûler. Je vous remercie.
Fils NGELEKA