La musique congolaise : La Première génération


une étudiant tient un exposé

Le 19 avril 2013, la faculté des Lettres a vibré au rythme de la musique et de la danse dans une séance jumelée « Commémoration » du décès de Mosengo VANTIBAH et « Pratique » du cours de musique et dance donné en Deuxième Licence Arts du Spectacle, en Sciences de l’Information et de la communication (UNILU). Monsego VANTIBAH fut professeur à la faculté des Lettres et a dispensé le cours de musique en SIC. En plus de ses publication diverses, il a aussi écrit sur la musique. Comptant parmi les pionniers de l’option Arts du spectacle en SIC, les étudiants ont voulu lui rendre hommage dans une séance pratique du cours qu’il a dispensé de son vivant (jusqu’en 2009), cours aujourd’hui tenu par le professeur KABEYA qui a stimulé les étudiants à organiser pareille manifestation, arrivé à la fin du cours. La famille de Mosengo VANTIBAH était invitée à cette manifestation à laquelle les autorités facultaires et le recteur de l’UNILU ont également été conviés ainsi que plusieurs étudiants.
Pour la circonstance, trois exposés ont été tenus par les étudiants de Deuxième Licence (Arts du spectacle). Tous ont porté sur la musique congolaise qu’ils ont présentée en trois âges. Je vous présente progressivement les textes tels que lus par les orateurs.
La musique congolaise : La Première génération[1]
La première génération de la musique congolaise est elle qui a vu naître des étoiles de la musique congolaise telle que Wendo Kolosoy qui était même la figure emblématique de cette génération. Il y a eu entre autres des noms tels qu’Henri BOWANE, Jean-Bosco MWENDA, Édouard MASENGO, Baudouin MAVULA, Lucie EYENGA, etc.

Cette génération des années 1930 jusqu’en 1960 illumine les cœurs des populations kinoises et katangaises. En effet, au cœur des années quarante et au début des années cinquante, la musique congolaise fut celle des chansons solitaires évoluant en solo plutôt qu’en orchestre et l’exemple le plus simple est celui de Bosco Mwenda qui se produisait seul, accompagné de sa guitare, ou encore Wendo Kolosoy qui chantait et se faisait accompagner d’une ou deux personnes aux instruments, notamment la guitare et le Likembe.
Dès ses origines, la musique congolaise était traditionnelle, utilisant des instruments traditionnels liés à une ethnie ou à une tribu, du notamment le tam-tam et le Likembe. Par cette orchestration, le style de musique de l’époque était donc la « Rumba Sukuma » qui était caractérisée par une voix monocorde et un solo solitaire pauvre en orchestration et en suivant les chansons de Wendo Kolosoy ou Jean-Bosco Mwenda, on sent ce rythme.
Mais pourquoi Wendo et Jean-Bosco Mwenda
Ce sont les grandes figures qui reflètent le mieux la musique de la première génération, l’un à Léopoldville et l’autre à Élisabethville. Ils ont joué des morceaux qui sont restés dans nos cœurs et nos mémoires. En les écoutant, on revit le « tango ya ba Wendo », nostalgie ! Alors on pense aux tubes éternels tels que e »marie- Louise » composé par Wendo, dédié à la compagne de son ami Henri BOWANE ; « Jadotville » de Jean-Bosco Mwenda, « les 3 quartiers d’une femme » d’Édouard Masengo Katiti, auteur de « Malaika » le tub qui se fera exporter à travers le monde, via Miriam Makeba.
La première génération de la musique congolaise se situe entre deux tendances. Les années 30-40, c’était la musique traditionnelle avec l’usage du Likembe, du tam-tam ; et les années 50 qui ont vu l’introduction de la guitare, du saxophone, de la trompette, de l’accordéon, … Avec l’arrivée de ces nouveaux instruments, la musique connaît des mutations. On passer de la « Rumba sukuma » (lente et monotone) à la « Rumba africaine » (plus vive, tirant ses origines d’un mélange des cultures européenne et américaine (pachanga, rumba, merengue). La danse suivra le même mouvement. De la danse en couple de façon très lente, au rythme de la musique, on est passé à une danse mouvementée, voire très mouvementée ou « violente », très physique, mais aussi chorégraphique. Progressivement, on arrive à la musique aujourd’hui dite moderne.
Etudiants en SIC/Arts du spectacle, en danse le 19 avril 2013
L’accoutrement a changé aussi. La danse respectueuse était accompagnée d’un accoutrement qui témoignait de l’ambition de l’époque. Le consume, avec une chemise bien rangée avec cravate à l’intérieur, pied chaussés, pantalon finement repassé allant jusqu’aux chevilles, … était la tenue de l’homme. La femme, quant à elle, portait el pagne devenu au début du 20e siècle, symbole de l’accoutrement africain féminin, était aussi bien nouée aux hanches. Fait d’une pièce de coton de forme rectangulaire, souvent de couleur blanche, était porté en deux pièces, l’une bien coulée jusque proche des chevilles, était suivie par une autre, au dessus et moins étendue que la première. Le pagne était aussi portée par l’homme, mais cette fois-ci, en chemise cousu. Au dessus, la femme portait un li(ri)baya qui laissait timidement voir le bas des clavicules, tiré vers les épaules. Et à sa tête, la femme portait un mouchoir de pagne souvent noué vers la nuque, laissant libres les oreilles ornées de bijoux.
Etudiants en SIC/Arts du spectacle, en danse le 19 avril 2013
Toujours au courant des années 50, il y eut la mode appelée « Zikita » chantée par JB Mwenda wa Bayeke. Zikita était l’apanage des femmes adultes et surtout des femmes prostituées dites femmes libres (euphémisme). C’est un accoutrement qui s’obtient « en plaçant le pagne, à la hauteur des reins, un bourrelet de Zikita formé soit des postilles en celluloïd, soit des joints en liège tapissant les bouteilles à bière, soit encore un tissu roulée ». Ou encore, des perles autour des hanches. Aujourd’hui, cela n’existe plus. On danse pieds nus, à moitié habillé.
Thématique
Les années 40-50 ont chanté la femme sous différentes facettes. Mwenda chante la femme mariée, dépôt des valeurs sociales, de l’éducation. Dans « Masanga Ndjia », par exemple, il compare la femme à un vélo. S’il manque des phares (pour conduire un foyer). Dans « Les 3 quartiers de la femme », Édouard MASENGO vente pour sa part les mérites de la bonne femme, etc. les messages qui se dégagent de ces chefs d’œuvres ont survécu au temps et aux modes. Ils sont toujours d’actualité, jeunes et vieux nostalgiques les écoutent avec plaisir. Barbara Kanam et Joe KIZI n’ont pas manquée d’honorer JB Mwenda Wa Bayeke. Ils sont aussi nombreux qui revivifient Wendo Kolosoy et tant d’autres.
Hervé KABALE


[1] Avec autorisation de l’auteur, nous avons apporté quelques petites modifications à ce texte.