Un pape, ça ne
démissionne pas. Il renonce. On meurt pape. Voilà une loi charriée par la
coutume pontificale que ni cardinaux, ni moins encore le Droit canon ne
prescrivent, mais que plusieurs opposent à Benoit XVI, le pape
"démissionnaire" depuis le lundi 11 février 2013. Le 28 février, il
sera bien un « ex » souverain pontife. Et commencera alors un
conclave (entre le 15 et le 20 mars prochain) pour l’élection d’un nouveau
successeur de Pierre sur qui est fondée l’Eglise.
Une
jurisprudence tous azimuts
Plusieurs siècles avant lui, 2 papes ont tracé la
voie que vient de baliser Joseph Ratzinger, l’ex cardinal Préfet de la congrégation de la foi (domaine de la doctrine de
l’Eglise) « conservateur » ou presque, donc. En 1415 Grégoire XII (205e
pape) démissionnait pour sauver l’Eglise à l’heure du schisme (un pape à Avignon,
un à Rome, un autre dit anti-pape revendiquait le siège, …). Célestin V (192e
pape), et c’est celui-ci qui a inspiré Benoit XVI ! Il démissionne en 1294
après 5 mois 8 jours, poussé par celui qui deviendra le 193e pape :
Boniface VIII (qui l’emprisonna !). Le monde se scandalisait probablement.
Cela est vécu diversement en ce jour.
Si un réputé conservateur Joseph Ratzinger,
conseiller d’un Carol Wojtila Jean-Paul II se dépouille de son pallium papal au
motif que son âge ne le dispose plus à sa charge, certes grande et exigeante,
le masque est levé. S’érige alors une jurisprudence tous azimuts. La porte est
désormais ouverte : on peut aussi facilement démissionner quand ça
grouille dans sa tête ou autour de soi.
La fin d’une
infaillibilité pontificale ?
La jurisprudence de Célestin V et Grégoire II, cimentée
le 11 février par Benoit XVI, se prête à moult insinuations et interprétations.
D’abord, dans un monde en crise de sécularisation et
de matérialisme de plus en plus croissants, même au sein du clergé, user du
droit de renoncer ou de démissionner est du goût plutôt d’un aveu d’impuissance.
Surtout s’il s’agit d’un Père (pappa,
pape = père), d’un berger. Mais ici, c’est le successeur « Pierre »
ou Pierre lui-même… qui renonce à l’appel du Christ !
De plus, évoquer la faiblesse physique pour renoncer
à la charge « transécclésiale »
(pour l’Eglise et le monde) sonne le glas de l’infaillibilité pontificale. Car
en fait, cela sous-entend que le pape a peur ou évite de se tromper. Normal !
Mais c’est même là le problème : se tromper. Benoit XVI insinue que, par
delà la faiblesse physique (un fait réel), une perte de confiance en son
collège de cardinaux (conseiller) ou en la curie romaine entière. Le pape, en
effet, ne se trompe pas puisqu’il ne travaille pas seul. Si ordinairement
l’infaillibilité du pape tient plutôt à l’enseignement de la foi et à de la
morale, en pratique, elle va plus loin. On n’a pas vu des papes se tromper.
C’est chose possible qu’ils se trompent en dehors de cette sphère bien définie.
Mais ce serait insupportable, à la limite, scandaleux qu’un pape « se
trompe »,… personne n’attend de lui qu’il se trompe un jour. Et pourtant,
il aurait vu cela venir, …
Somme toute, c’est tout un dogme qu’un grand "dogmatiste" et ex grand
conseiller d’un grand pape tenté de renoncer
à son pontificat mais qui a choisi de mourir pape grâce au soutien,
notamment de son successeur qu’il n’aura pas connu. Mais Ratzinger lui, verra
son successeur (peut être même ses successeurs) aura cohabité avec lui à Rome.
Il le visitera sans doute pour quelques conseils. C’est une infaillibilité mise
en branle.
Un bel exemple
tout de même
Il ne faut pas tout de même perdre de vue que la
papauté est aussi une responsabilité politique et sociale aux contours tentaculaires.
Vue sous ce prisme, la décision de Benoit XVI est courageuse et digne d’un
grand pédagogue. C’est, à juste titre, pour cela que ce retrait a été salué
partout dans le monde. (En Afrique aussi ?) Le mérite de l’ex-pape ? –
Quitter les choses à temps, et ne pas
s’accrocher même quand on se sent las ou incapable. – L'Afrique devrait s’en
inspirer profondément. Qu’on soit Etat laïc, animiste ou religieux.
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